top of page
Lisa Salon, avocate au Barreau de Toulouse

Lisa Salon

avocate au Barreau de Toulouse

Lisa Salon
Avocate au barreau de Toulouse

Droit comparé des congés de parentalité : l'Islande a compris, l'Espagne construit, la France reste à la traîne

Drapeau de l’Union européenne

7 avril 2026
 

​

La structure du congé de parentalité est l'expression d'un choix de société.

​

Voulons-nous que les conditions d'accès et d'évolution sur le marché du travail tendent vers l'égalité entre les femmes et les hommes ? Voulons-nous que les deux parents occupent une place réelle dans la vie et le soin de leurs enfants ? Voulons-nous reconnaître aux pères un véritable rôle auprès de leurs enfants, dès les premiers jours ?

​

Je crois que nous le voulons. Je crois que nous y sommes prêts. Alors regardons au-delà de nos frontières (pas si loin) et voyons ce que d'autres ont déjà fait, ce que nous pourrions faire, de manière évidente.

​

Trois pays, trois architectures, trois niveaux d'ambition et un écart qui parle de lui-même.

​

L'Islande : pionnière et meilleur élève

​

En 2000, l'Islande a été le premier pays au monde à accorder aux deux parents un quota égal de congé parental rémunéré — trois mois chacun·e, intransférables, complétés par trois mois partageables.

​

Aujourd'hui, chaque parent dispose d'un droit individuel de 6 mois. Sur ces 6 mois, 4,5 sont strictement intransférables ; seules 6 semaines peuvent être cédées à l'autre parent. Le total reste 12 mois pour le couple. L'indemnisation, quant à elle, s'élève à 80 % de la moyenne des salaires bruts sur la période de référence.

​

Ces droits sont individuels, égaux, largement intransférables — et suffisamment rémunérés pour que leur exercice ne soit pas un luxe. C'est cette combinaison qui a fait du modèle islandais une référence internationale en matière d'égalité parentale.

​

Source : island.is — Right to maternity and paternity leave · Nordics.info — The Case of Iceland

​

L'Espagne : un pays latin en pleine mutation

​

L'Espagne offre l'exemple d'une transformation rapide portée par une volonté politique assumée. Entre 2017 et 2021, le congé paternité est passé de 2 à 16 semaines, aligné sur le congé maternité, dans le cadre du Real Decreto-Ley 6/2019 du 1er mars 2019 — une loi intitulée, de manière significative, « mesures urgentes pour garantir l'égalité entre les femmes et les hommes ». La réforme a aussi renommé le dispositif : on ne parle plus de « congé maternité » ou « congé paternité », mais de permiso por nacimiento y cuidado de menor — un congé de naissance et de soin de l'enfant, formulé en termes neutres.

​

Depuis le Real Decreto-ley 9/2025 du 29 juillet 2025, convalidé par le Congrès le 9 septembre 2025, chaque parent bénéficie de 19 semaines de congé, droit individuel et intransférable, intégralement pris en charge par la Sécurité sociale à hauteur de 100 % de la base régulatrice. Le modèle espagnol repose sur l'égalité stricte entre parents et une rémunération intégrale.

​

Source : La Moncloa — Solicitud permiso nacimiento y cuidado menor · Sagardoy — RDL 9/2025

​

La France : un empilement de règles genrées sans cohérence

​

Le système français fonctionne par empilement de dispositifs distincts.

​

Le congé maternité, pensé comme une protection de la santé de la mère, dure 16 semaines pour un premier ou deuxième enfant, inchangé dans sa durée de base depuis 1994.

​

Le congé de paternité et d'accueil de l'enfant, porté à 25 jours calendaires depuis le 1er juillet 2021 (contre 11 jours auparavant), reste court. L'indemnisation repose sur les indemnités journalières de la Sécurité sociale.

​

Quant au congé parental d'éducation, il peut durer jusqu'aux 3 ans de l'enfant mais son indemnisation par la PreParE (prestation partagée d'éducation de l'enfant) plafonne à 459,70 € par mois à taux plein. Ce montant ne constitue pas un remplacement de revenu.

​

Contrairement à l'Islande et à l'Espagne, la France ne dispose pas d'un congé parental unique, bien rémunéré et égalitaire entre les parents. Il n'existe ni droits individuels symétriques, ni quota paternel réellement incitatif.

​

La structure du congé de parentalité est l'expression d'un choix de société : celui de la France dit encore que le soin des enfants est d'abord l'affaire des

mères.

​

Source : Ameli.fr — Congé de paternité · Service-public.fr — PreParE · Ministère du Travail — Congé paternité

bottom of page